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Chirurgie digestive
de l'endométriose

Prise en charge de l'endométriose du colon et du rectum
la spécialité de notre centre

L’endométriose profonde peut affecter l’appareil digestif, en infiltrant les différentes couches de la paroi du rectum, du colon, de l’intestin grêle et de l’appendice.

La fréquence de ce type d’endométriose est difficile à estimer avec précision. Dans une enquête (1) réalisée en 2015 dans 56 établissements français, il a été estimé que plus de 1.200 patientes sont opérées par an en France pour une endométriose du colon et du rectum.

Généralités sur l'endométriose digestive

L’atteinte du tube digestif représente probablement la localisation « non gynécologique » la plus fréquente de l’endométriose. Dans la grande majorité des cas elle se situe au niveau du rectum et du colon sigmoïde. Dans moins de 10% des cas, des lésions d’endométriose sont également identifiées au niveau de l’appendice, de la partie terminale du l’intestin grêle (les derniers 30-40 cm), ou de la partie la plus proximale du colon (caecum). En revanche, les lésions d’endométriose sont très rares ou absentes au niveau l’estomac, du duodénum, de l’intestin grêle proximal et intermédiaire, ou de la surface du foie et de la rate.

schéma anatomique digestif
Fig 1 : localisations anatomiques de l’endométriose digestive

Les lésions
et nodules
digestifs

Les lésions digestives sont uniques dans environ 2/3 des cas, et multifocales dans environ 1/3 des cas, où elles peuvent être séparées par plusieurs centimètres d’intestin indemne.

Nodule endométriose profonde intestin
Fig 2 : pièce anatomique après résection digestive segmentaire. Les flèches bleues indiquent les zones atteintes par l’endométriose, séparées par quelques centimètres de colon sain

Les lésions du tube digestif peuvent être superficielles, de 2-3 mm d’épaisseur, et intéresser uniquement la couche superficielle de l’intestin (la séreuse, A), ou bien plus volumineuses et profondes, intéressant les couches musculaire (B), sous-muqueuse ou muqueuse.

schéma endométriose digestive
Fig 3 : schématisation des lésions digestives en fonction de la profondeur d’invasion. A= lésion séreuse superficielle B= lésion profonde musculeuse

Les nodules profonds sont responsables d’un épaississement marqué de la paroi du tube digestif, par une prolifération des cellules musculaires, qui poussent la muqueuse vers la lumière digestive. Dans environ 2/3 des cas, l’infiltration reste localisée au niveau de la couche musculaire, tandis que le franchissement de la couche muqueuse est très rare (environ 5%) et caractérise surtout les nodules très volumineux et pratiquement sub-occlusifs. Cette caractéristique explique pourquoi les nodules digestifs, même volumineux, ne sont pas visibles de l’intérieur de tube digestif, comme par exemple lors d’une coloscopie qui peut être interprétée comme étant normale.

Chirurgie digestive nodule endométriose profonde
Fig 4 : pièce anatomique de résection digestive segmentaire montrant l’épaississement de la musculeuse colique, signe de l’infiltration par l’endométriose

Les nodules d’endométriose digestifs infiltrent par conséquent le tube digestif de l’extérieur vers l’intérieur, ce qui leur confère un aspect en éventail, quartier d’orange ou champignon, avec une base plus large que le sommet. La base peut être prolongée par une infiltration d’un autre organe (comme par exemple l’utérus, les ligaments utéro-sacrés, le vagin), ce qui entraine un accolement du tube digestif aux organes concernés (faussement interprété comme étant une simple adhérence).

Chirurgie digestive nodule endométriose profonde
Fig 5 et 6 : IRM pelvienne et vue chirurgicale laparoscopique d’un volumineux nodule d’endométriose du rectum, avec envahissement de contiguïté du torus utérin et du vagin

Dans les autres cas, les nodules digestifs peuvent être solitaires, avec une base plus ou moins difficile à identifier à la surface d’un intestin mobile.

Chirurgie digestive nodule endométriose profonde
Fig 7 : vue chirurgicale laparoscopique d’un nodule solitaire d’endométriose du colon sigmoide

Il est important de comprendre que les nodules d’endométriose digestive sont majoritairement constitués par un tissu musculaire ou fibreux, tandis que les cellules semblables aux cellules endométriales (hormono-dépendantes) représentent 15-20% du volume du nodule. Cette composition explique les variations minimes des nodules digestifs (2) sous l’effet de l’aménorrhée, qui dans la majorité des cas arrive seulement à stabiliser les lésions, sans les faire régresser.

Les symptômes
de l'endométriose
digestive

Les symptômes liés aux nodules digestifs peuvent être très divers et l’intensité notamment des douleurs très différente selon les patientes. Ces symptômes ne sont pas nécessairement douloureux, ont une apparition et une évolution insidieuses et à bas bruit, ce qui peut entrainer un considérable retard de diagnostic et de prise en charge. Dans d’autres cas, les patientes peuvent être longtemps asymptomatiques.  

L’apparition des symptômes est généralement liée à plusieurs mécanismes (3):

  • L’inflammation cyclique de la paroi digestive, autour du nodule digestif, concomitante aux règles, qui est responsable d’une irritation du tube digestif. Ce mécanisme est probablement à l’origine des diarrhées ou des crampes que les patientes présentent notamment pendant les règles. Chez les patientes généralement constipées, ce mécanisme permet une pseudo-normalisation du transit digestif pendant les règles.
  • L’épaississement de la paroi digestive avec la perte des propriétés élastiques ou du péristaltisme. Ce phénomène peut expliquer certaines difficultés défécatoires (dyschésies), lorsque les patientes peuvent difficilement éliminer les selles, ou bien une douleur déclenchée par l’arrivée des selles dans l’ampoule rectale et la distension de la paroi rectale.
  • La fixation du colon ou du rectum dans une position anormale, par les adhérences avec les structures voisines. Ces adhérences peuvent participer à la constipation.
  • La réduction du diamètre de la lumière rectale, en cas de nodules volumineux. Ce phénomène est comparable à la survenue d’un accident sur l’autoroute, avec la fermeture de 2 voies sur 3, et l’apparition d’un embouteillage en amont. La symptomatologie est dominée par un ballonnement, d’abord pendant les règles, ensuite permanent, une sensation de nausées, voire des vomissements. Même en l’absence des douleurs proprement dites, ces symptômes doivent alerter sur le risque potentiel d’une occlusion.
Chirurgie digestive nodule endométriose profonde
Fig 8 et 9 : coloscanner et pièce anatomique de résection digestive segmentaire montrant un nodule profond avec occlusion de la lumière digestive

En revanche, les pertes de sang par l’anus (rectorragies) ne sont qu’exceptionnellement dues aux saignements des nodules digestifs. Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’une hémorragie provenant d’une hémorroïde interne développée en raison des efforts défécatoires chroniques. Un polype colique doit également être éliminé.

La symptomatologie digestive peut être également enrichie par d’autres mécanismes, indépendants de l’infiltration proprement dite du tube digestif, qui peuvent en théorie persister malgré une chirurgie complète des lésions digestives :

  • L’infiltration, l’irritation prolongée ou la destruction des nerfs pelviens destinés au tube digestif (les nerfs splanchniques et les plexus hypogastriques inférieurs) peuvent entrainer un ralentissement marqué du transit digestif et des difficultés majeures pour éliminer les selles (4,5). Dans 80% des cas, une contraction forte, involontaire et continue du sphincter anal (anisme) rend encore plus difficile la défécation (6). Ce mécanisme n’est généralement pas corrigé par la chirurgie complète des lésions.
  • Des troubles fonctionnels du tube digestif, comme le syndrome du côlon irritable ou les colopathies fonctionnelles, peuvent être la cause d’une alternance des diarrhées et de la constipation, de crampes abdominales et d’une sensation globale d’inconfort digestif. Ces symptômes ne sont naturellement pas corrigés par la chirurgie, et nécessitent une prise en charge par un gastroentérologue.

Traitement médical de l'endométriose
digestive

Malgré un effet limité sur la taille des nodules digestifs, l’aménorrhée permet une amélioration significative des symptômes digestifs dans une majorité des cas. Dans une étude réalisée au CHU de Rouen, nous avons observé que les symptômes digestifs peuvent disparaître dans environ 50% des cas chez les femmes sous traitement médical (7).

En revanche, nous sommes parfois amenés à opérer des femmes ménopausées avec des nodules volumineux du tube digestif, en raison de la persistance des symptômes sub-occlusifs même plusieurs années après l’installation de la ménopause.

En raison d’un faible risque de complications, le traitement médical est généralement instauré en première intention, notamment chez les femmes qui le tolèrent parfaitement et celles qui ne souhaitent pas une grossesse.

Traitement chirurgical de l'endométriose digestive

La chirurgie des lésions d’endométriose digestive suit 2 grands principes :

  • Le principe conservateur, basé sur une exérèse qui suit les limites du nodule d’endométriose digestive (découpage du nodule) sans enlever le segment du tube digestif infiltré. Cette exérèse peut être réalisée sans ouverture de la lumière du tube digestif (shaving) ou avec l’ouverture du tube digestif suivie par la suture des berges saines (exérèse discoïde).
  • Le principe radical, basé sur la résection segmentaire du tube digestif infiltré, suivie par la suture bout à bout des extrémités de l’intestin proximal et distal.

Il est important de proposer aux patientes atteintes d’endométriose le traitement chirurgical le plus adapté à leur situation, c’est à dire individualisé ou sur mesure. Notre équipe respecte ce principe, comme le prouve le rapport globalement équilibré entre les trois techniques utilisées dans la pratique courante : le shaving, l’exérèse discoïde ou la résection colorectale (8).

Chirugie endométriose colorectale IFEM Endo
Fig 10 : répartition des types de chirurgie digestive réalisées au sein de l’IFEM Endo

Le shaving

Le shaving est une technique d’exérèse qui permet d’enlever le nodule d’endométriose sans ouvrir la lumière du tube digestif.

Les principes, les avantages et les risques de chaque technique sont présentés de manière académique sur la vidéo ci-dessous.

Chirurgie digestive nodule endométriose profonde
Fig 11 : schématisation sur pièce anatomique et sur dessin du principe chirurgical du shaving

L’avantage majeur de cette technique est d’éviter la contamination de la cavité abdominale par les bactéries contenues dans le colon, et de réduire de manière drastique le risque de certaines complications redoutables de cette chirurgie (comme la fistule digestive dont le risque est réduit 5-6 fois, ou les hémorragies survenues au niveau des sutures digestives qui sont complètement évitées). L’amélioration des symptômes postopératoires est significative, comme nous l’avons montré dans les études cliniques incluant des patientes opérées au CHU de Rouen (4,5,9,10). En revanche, l’exérèse des limites des nodules d’endométriose peut être incomplète, avec un risque de récidive qui pourrait être supérieur aux autres techniques à long terme. Dans notre expérience, nous avons estimé un risque de récidive d’environ 8% à 5-10 ans après la chirurgie (11). Sur la base de ces observations, pour éviter la récidive rectale chez une seule patiente, 12 patientes devraient avoir une résection segmentaire colorectale à la place d’un shaving, ce qui entrainerait un risque de complications postopératoires logiquement supérieur (12). Ces arguments pour et contre le shaving doivent être discutés lors de la consultation préopératoire. La plupart des experts s’accordent sur le fait que le shaving est la technique de premier choix, lorsque les caractéristiques du nodule (nodules peu volumineux, peu profonds) et des patientes (femmes au-delà de 30 ans, qui ont déjà des enfants et acceptent un traitement médical postopératoire, patientes qui refusent les transfusions, etc.) le permettent.

L’exérèse discoïde

L’exérèse discoïde est une technique de « découpage » du nodule avec ouverture de la lumière du tube digestif, suivie par la réparation du tube grâce à une suture transversale (perpendiculaire à l’axe du tube digestif).

Chirurgie endométriose digestive nodule
Fig 12 : schématisation sur pièce anatomique et sur dessin du principe chirurgical de l’exérèse discoïde

C’est une technique qui est utilisée par certaines équipes à travers le monde, et qui représente un point d’excellence pour notre équipe. En effet, les deux chirurgiens fondateurs de l’IFEM Endo ont réalisé ensemble plus de 450 exérèses discoïdes, ce qui les place parmi les chirurgiens en activité les plus expérimentés pour cette technique dans le monde. Notre équipe a publié un nombre élevé d’articles scientifiques et didactiques concernant l’exérèse discoïde, qui sont régulièrement cités dans la littérature internationale (4,13,14,15,16). Les avantages de l’exérèse discoïde par rapport à la classique résection segmentaire sont la meilleure conservation du rectum, de sa longueur et son volume, de sa vascularisation, et des nerfs qui contrôlent son fonctionnement, ainsi que l’absence du risque de rétrécissement du colon après la chirurgie. Ceci pourrait permettre une meilleure fonction du rectum opéré chez les femmes ayant eu une exérèse discoïde par rapport à celles ayant eu une résection segmentaire colorectale, particulièrement lorsque les nodules concernent les 10 derniers centimètres du rectum (endométriose du bas ou du moyen rectum). Par rapport au shaving, l’avantage de l’exérèse discoïde consiste en une exérèse probablement plus complète des limites du nodule, notamment en profondeur, au contact de la lumière du tube digestif. En revanche, par rapport au shaving, l’exérèse discoïde comporte un risque notable : celui de fistule digestive (1,17). Étant donné que le découpage du nodule créé une ouverture du tube digestif, cette ouverture nécessite une suture qui peut présenter un lâchage dans 1 à 3% des cas, ce qui conduit à l’émission de selles en dehors du colon et nécessite une ré opération en urgence avec la création d’une stomie (anus artificiel). Le risque de fistule est comparable à celui de la résection segmentaire (qui comporte également une suture du colon), mais est en revanche 5 à 6 fois supérieur à celui du shaving, qui ne nécessite pas de suture. Les récidives sur le rectum après une exérèse discoïde sont très rares, inférieures à 2% dans notre expérience.

La résection segmentaire

La résection segmentaire est une technique « classique » de traitement des lésions coliques de toute nature (endométriose, infectieuses, cancer) et permet d’enlever toute un segment de colon avec des marges saines plus ou moins larges autour de la lésion.

Chirurgie endométriose digestive nodule
Fig 13 : schématisation sur pièce anatomique et sur dessin du principe chirurgical de la résection segmentaire

Ceci nécessite un raccordement des extrémités proximale et distale du segment enlevé, avec une suture circulaire. L’exérèse segmentaire est une technique bien maitrisée par les chirurgiens digestifs, même par ceux qui n’ont pas une expérience particulière dans l’endométriose, car ils l’utilisent également pour les autres pathologies du tube digestif. L’avantage de cette technique est lié au caractère plus radical de l’exérèse, avec des marges saines larges, comme dans le cancer, qui permet un risque de récidive sur le rectum très faible, d’environ 1% (18). Également, la résection segmentaire permet d’enlever tous les nodules, quelle que soit leur taille, particulièrement les nodules très volumineux où le shaving et l’exérèse discoïde sont techniquement impossibles à réaliser. En revanche, le risque de complications immédiates après une résection segmentaire est plus élevé par rapport au shaving et à l’exérèse discoïde (12). Il existe également un risque probablement plus élevé de dysfonction du rectum opéré lorsque le nodule concerne le bas ou le moyen rectum (les derniers 10 cm du rectum) (19), caractérisé par un syndrome appelé LARS (low anterior resection syndrome) qui associe des difficultés pour éliminer les selles, des selles très fréquentes, des difficultés à retenir les selles ou même une incontinence anale (20,21). Les troubles fonctionnels postopératoires après une résection segmentaire peuvent être parfois très gênants, ce qui nous a déterminé à innover dans la chirurgie des nodules du bas rectum en proposant des techniques originales d’exérèse discoïde des nodules très volumineux, comme la « technique de Rouen » (22) et l’exérèse « double discoïde » (14).

Le choix de la technique chirurgicale

L’utilisation des trois techniques est choisie avant la chirurgie, par rapport aux caractéristiques des nodules d’endométriose digestive et des patientes. Nos chirurgiens calculent la meilleure balance bénéfice/risque dans chaque cas, mais la décision définitive appartient aux patientes.

L’utilisation relativement équilibrée des 3 techniques reflète l’absence d’a priori de la part de nos chirurgiens, et le choix individualisé et sur mesure de chaque type de chirurgie, dans le but d’assurer le meilleur résultat pour chaque cas (8).

Avant la réalisation d’une chirurgie pour endométriose digestive, les chirurgiens doivent connaître le nombre et la localisation des différentes lésions. Ceci est possible grâce à la réalisation d’un bilan d’imagerie préopératoire, incluant selon les cas une IRM, une échographie endopelvienne, une échographie endorectale, un coloscanner, etc. Ces examens vous seront recommandés en fonction des caractéristiques de votre maladie.

Les risques de la chirurgie de l'endométriose colorectale

La chirurgie de l’endométriose colorectale est généralement complexe, et le taux de complications doit être connu avant d’accepter la réalisation de l’intervention. La liste des complications suivante n’est pas exhaustive, et concerne seulement les complications dont la fréquence est supérieure à 1%. En fonction de votre situation particulière, le risque de certaines complications peut être plus ou moins élevé et sera discuté en détail avant la chirurgie.

Grâce à une expérience notable dans ce type de chirurgie (8,23), nos chirurgiens sont en mesure d’éviter dans la mesure du possible ces complications en choisissant la stratégie chirurgicale la plus adaptée à votre cas, d’identifier les premiers signes d’une complication et de ré intervenir sans aucun retard afin de réparer une éventuelle complication.

Risques peropératoires

Risques peropératoires (pendant la chirurgie), dont le risque cumulé reste inférieur à 1% :

  • Hémorragie grave nécessitant une transfusion
  • Hémorragie grave nécessitant une conversion en laparotomie
  • Blessure accidentelle, mécanique ou thermique, des uretères
  • Blessure accidentelle, mécanique ou thermique, de l’intestin

Risques postopératoires immédiats

Risques postopératoires immédiats (au cours des 2 premières semaines après la chirurgie):

  • Lâchage de la suture digestive (en cas d’exérèse discoïde ou résection segmentaire), avec ou sans péritonite, nécessitant une réintervention en urgence et la mise en place d’une stomie temporaire (si la stomie n’a pas été réalisée lors de l’intervention initiale)
  • Fistule digestive sur le site d’une zone de shaving nécessitant la mise en place d’une stomie temporaire
  • Fistule rectovaginale nécessitant parfois une ou plusieurs réinterventions et la prolongation de plusieurs mois de la période du maintien de la stomie
  • Abcès ou hématome infecté du pelvis nécessitant une réintervention généralement au cours des premiers 5-10 jours postopératoires
  • Atonie vésicale (impossibilité de vider correctement la vessie, suite à la section/sidération/œdème des nerfs splanchniques qui assurent la contraction volontaire de la vessie et qui sont au contact immédiat ou sont envahis par la lésion d’endométriose profonde) nécessitant la réalisation systématique de 5 auto-sondages de la vessie tous les jours, pendant plusieurs semaines, mois ou années, très rarement pour toute la vie.
  • Douleurs des membres ou paralysies musculaires dues à la compression des nerfs des membres inférieurs suite à la position sur la table opératoire durant les longues interventions chirurgicales (syndrome de loge)

Risques postopératoires tardifs

Risques postopératoires tardifs (au delà d’un ou deux mois postopératoires) :

  • Troubles fonctionnels digestifs en rapport avec un syndrome de LARS (constipation opiniâtre ou augmentation de la fréquence quotidienne des selles) ou restauration incomplète de la fonction digestive atteinte avant la chirurgie
  • Troubles de la continence anale avec des pertes involontaires de gaz, plus rarement des selles liquides ou solides
  • Fatigue persistante
  • Infertilité définitive par réduction de la réserve ovarienne, nécessitant la prise en charge par un don d’ovocytes
  • Développement d’une hypersensibilité pelvienne, plus ou moins étendue à la sphère gynécologique, digestive ou urinaire, se manifestant par des douleurs de type neuropathique qui évoluent pour leur propre compte, et nécessitant une prise en charge à long terme dans un centre antidouleurs ; ce risque existe chez toutes les femmes atteintes d’une endométriose, sévère ou superficielle, et peut apparaître également en dehors de toute chirurgie ; le mécanisme de son apparition est à ce jour obscur et le risque est impossible à estimer.

Mise en place d'une stomie temporaire

Stomie endométriose poche
Fig 14 : schématisation des localisations cutanées des orifices d’iléostomie et de colostomie

La réalisation d’une chirurgie pour une endométriose du tube digestif nécessite la prise en considération de l’éventualité de la mise en place d’une stomie temporaire (anus artificiel).

Le but d’une stomie est de dériver les selles en amont du site de la chirurgie, afin de permettre une meilleure cicatrisation. La stomie peut être réalisée d’emblée, pendant la chirurgie de l’endométriose, lorsque les chirurgiens (gynécologue et digestif) estiment qu’il existe un risque significatif de cicatrisation déficitaire de la suture digestive, qui peut entrainer une fistule digestive. La fistule digestive est une des plus sévères complications de la chirurgie digestive (17), et est due à l’ouverture de la suture digestive, avec extériorisation des selles dans l’abdomen (avec l’apparition d’une péritonite) ou dans le vagin (lorsqu’une exérèse du vagin a été réalisée). Lorsque la stomie n’a pas été réalisée d’emblée, la survenue d’une fistule nécessite une reprise chirurgicale en urgence avec la mise en place d’une stomie temporaire. La stomie est maintenue environ 2 mois, et sa fermeture par une nouvelle intervention chirurgicale, est réalisée une fois que la cicatrisation complète de la suture du tube digestif est certaine. En revanche, en cas de fistule digestive, la stomie peut être maintenue plusieurs mois, jusqu’à la cicatrisation complète de la fistule (17). Une ou plusieurs interventions chirurgicales supplémentaires peuvent également être nécessaires afin de permettre la fermeture définitive de la fistule (17).

La réalisation d’une stomie n’évite pas complètement le risque de fistule digestive, mais réduit le risque des complications secondaires à l’apparition de la fistule (péritonite, désunion complète de la suture digestive, etc). En revanche, la réalisation d’une stomie expose à des complications spécifiques, qui ne seraient pas survenues si la stomie n’avait pas été réalisée. Ces complications nécessitent une réparation chirurgicale dans environ 8% des cas (24).

Par conséquent, la réalisation ou pas d’une stomie sera discutée en détail avec le chirurgien gynécologue et le chirurgien digestif avant la chirurgie, en essayant de trouver la meilleure balance entre les risques attendus et les bénéfices escomptés.

Évolution de l'endométriose digestive en l'absence de traitement chirurgical

En revanche, en l’absence d’un traitement chirurgical de votre maladie, il est possible que l’évolution de votre maladie, même minime, et malgré un traitement médical, entraine l’apparition des événements suivants :

  • Phénomènes digestifs de plus en plus marqués allant jusqu’à une occlusion intestinale sur obstacle, nécessitant une chirurgie en urgence, souvent avec l’ouverture de l’abdomen et avec la mise en place d’une stomie.
  • Troubles de la vessie allant jusqu’à l’atonie vésicale par envahissement des nerfs splanchniques qui assurent la contraction volontaire de la vessie, nécessitant la réalisation systématique de 5 auto-sondages quotidiens ; une fois apparus, ces troubles sont, dans notre expérience, irréversibles malgré une chirurgie complète de l’endométriose.
  • Douleurs dans les membres inférieurs (sciatalgies) ou dans les fesses par compression des racines sacrées.
  • Incapacité de concevoir spontanément et parfois même par FIV ou ICSI

La réalisation d’une chirurgie de l’endométriose digestive ne peut pas être envisagée sans avoir pris en compte les conséquences à distance sur la fonction digestive. Généralement, nous ne proposons pas de geste chirurgical aux patientes qui n’ont aucune symptomatologie, pour la simple raison que la chirurgie peut être suivie par l’apparition de certains troubles. Même minimes, ces troubles nous semblent inacceptables chez les patientes ayant une fonction digestive normale avant la chirurgie. La consultation préopératoire permettra une discussion approfondie de ces risques, à mettre en balance avec les risques de complications liées à l’évolution d’une endométriose digestive non opérée, afin de permettre aux patientes de prendre une décision éclairée.

L'endométriose
digestive
en chiffres

1 400

patientes opérées par an en France pour une endométriose digestive

60%

n'ont plus de symptômes digestifs après la chirurgie

3%

ont un risque de récidive à 10 ans après résection colorectale ou exérèse discoïde

Bibliographie

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Dernière mise à jour le Jan 23, 2024 @ 11:41